" Si vous essayez d'attraper la lune dans la rivière, vous ne pouvez pas la
saisir."
J'ai en mémoire le souvenir de Oui-Oui en train d'essayer de pêcher la Lune avec une épuisette dans une rivière. (Oui,
j'ai une culture très éclectique!). Il est à noter que les enfants visionnant cette scène le prennent spontanément et naturellement pour un idiot, car tout le monde
sait bien que l'on ne peut pas attraper la Lune dans une rivière, il n'y a là que son reflet...
Même les enfants le savent bien... Alors, pourquoi devenus grands, continuent-ils à confondre non pas la Lune et son reflet, mais les buts avec les illusions, les
sentiments avec ce qu'ils en projettent, les choses avec leur prix, le courage avec la survie, les gens avec le reflet qu'ils en perçoivent ?
Nous nous perdons souvent en chemin car nous confondons ce que nous sommes et ce que nous croyons être, ce que nous croyons désirer et
ce qui nous est imposé, ce que nous croyons aimer et ce que nous désirons vraiment...
Nous avons la capacité de réfléchir, et pourtant, fréquemment nous l'économisons. Pourtant, c'est une source infinie qui jamais ne peut se tarir, et se nourrit
d'elle-même.
Oui-Oui a l'air idiot avec son épuisette à la main, mais nous ? De quoi avons-nous l'air, quand chaque jour qui se lève, on se débat avec une réalité qui nous engloutit : se lever, partir
travailler, être en retard peut-être, jongler avec des chiffres, des données, des idées, prendre une pause pour déjeûner vite fait, s'y remettre en attendant l'heure de la libération, rentrer,
prendre une bonne douche, s'affaler dans son canapé en savourant un baby whisky "on the rocks", se détendre, et goûter enfin... au bonheur... de ne rien faire d'autre que de se laisser
exister...
Je sais bien, que pour la plupart, nous ne faisons pas ce choix délibérément, mais avouez que la vie ... c'est autre chose quand
même.
Notre actuelle façon de vivre vaut bien celle de Oui-Oui.
Nous pêchons avec notre épuisette, ce que nous croyons être la vie, mais la vie, ça ne peut pas être ça.
D'aucuns me rétorqueront : "Mais... il faut bien gagner sa vie ! Pas d'argent, pas de vie possible!"
Et je serai d'accord avec eux sur cette affirmation. Mais c'est l'époque qui veut ça, il y eut des époques où l'homme n'était pas réduit à sa condition de "machine
à monnayer", dans de telles conditions de stress et d'exploitation.
Il est déraisonnable de penser qu'un tel monde puisse jamais nous épanouir et nous rendre heureux. L'essence de l'être humain
réside en d'autres dimensions, j'en suis convaincue. Ce n'est pas parce que nous sommes victimes consentantes de cette société de consommation, que nous devons la trouver normale, logique,
légitime et respectable...
Quelle alternative je propose ? ... Hum...
Aucune. Je n'ai pas de miracle en ma possession, pas de baguette magique qui nous libérerait de ces systèmes pervers où l'homme
se retrouve enfermé, de son plein gré bien qu'à son corps résistant... mais fatigué. Ce n'est pas dans ces rivières boueuses que sont les sociétés libérales que nous pêcherons jamais, ne
serait-ce que le reflet de la lune...
Mais même si je n'ai pas de baguette magique, j'ai le droit d'être énervée, non ?
...



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