Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Profil...

  • Lo
  • laurencewitko5@gmail.com
  • laurencewitko5@gmail.com

CONTACT...

Rechercher...

OU BIEN LAISSER UN MESSAGE...

Archives...

31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 17:26

"Ce que l'on ne peut pas dire, on peut toujours l'écrire. Tous ces mots du silence, qui s'avortent d'eux-même à la vie, et qui parlent de nous comme jamais on ne pourrait les faire entendre. "
extrait de "Liliana"

 

L'écriture est un autre pont vers le langage, quand la voix ne peut pas porter aussi haut ce qui se murmure à l'intérieur des êtres. Les mots semblent parfois se volatiliser ou se dénaturer au frottement des cordes vocales, comme si au lieu de vibrer elles s'emmêlaient au point d'en faire des noeuds... L'écriture peut ainsi devenir remède aux maux de gorge les plus prononcés, sorte de placebo qui libère les mots coincés à l'origine de l'infection...

Les mots du silence se ressentent inutiles dès lors qu'ils quitteraient le giron confortable de la pensée... trop petits pour s'envoler de leur antre... trop grands pour se glisser par l'étroit couloir resserré du larynx...
Le langage est un pont qui relie les êtres en permettant de vider au-dehors ce qui se passe en leurs intérieurs, ses formes ne peuvent se réduire à la seule communication orale, qui tient souvent lieu de seul mode d'expression et d'échange.

Les ponts se construisent par la volonté et l'effort d'améliorer les voies de communication,
et ont vocation de rendre plus aisément accessibles des lieux à la géographie compliquée. C'est pourquoi le langage s'accorde tout à fait à cette image. On trouverait la traversée à gué bien dangereuse, si l'on n'entrevoyait pas la possibilité d'emprunter ces ponts... sans compter que la possibilité d'être emporté par le courant, en risquant une traversée à vue, est toujours envisageable, même s'il ne s'agit que du courant de ses pensées et de ses élucubrations...


Les ponts sont parfois étroits, fragiles ou fragilisés par le temps. Leur franchissement devient alors délicat et demande un courage, dont on se sent parfois démunis... et puis rares sont les ponts qui ne se balancent pas en hauteur, l'attrait du vide rend redoutable la traversée pour ceux qui souffrent un peu du vertige de la vie...
Viaducs, ponts de pierre, ponts de bois, ponts de singe... on ne peut employer la même mesure pour s'y risquer...

L'écriture est un pont plus sécurisant dans la mesure où la pensée, se repose plus concrètement sur les mots, par leur matérialité qui s'inscrit sur un support contrôlable, et dont le débit peut être modulé en fonction des besoins...
Loin des vibrations de la voix, la main avance plus sûrement vers l'expression de ce l'on croit indicible. Bien stabilisés et canalisés par les moyens qu'ils trouvent pour s'enfuir, les mots s'allègent et se déposent en un rythme scriptural, qui en les épelant en font soupeser le poids plus encore que lorsqu'ils se parlent...

Le silence n'est jamais totale vacuité, mais au contraire effervescence qui empêche d'ordonner convenablement ses pensées. La méditation n'est pas tout à fait absence de pensée, elle est plus un suivi d'un fil directeur sans chercher à contrôler les pensées, qui s'engouffrent dans le canal réceptif qu'on ouvre alors...
Le silence est aussi accueil de tout ce qui vient à l'esprit, sans pour autant pouvoir le transmettre...

Ce que l'on ne peut pas dire... Mais faut-il chercher à dire, ce qu'il nous semble impossible de dire ? ... Les limites de la communication et de la communicabilité ne sont pas des frontières tracées de manière universelle, chacun se crée ses barrières, sa zone de sécurité et ses douves... dans lesquelles se débattent ses doutes, ses peurs et ses interrogations... et parfois même... s'y noient... quand on ne s'y noie pas soi-même...

Reste que l'écriture porte en elle une puissance incroyable quand elle vient soutenir l'impossibilité verbale... à la fois puissance d'expulsion et puissance de réception... les mots n'étant pas que la somme des lettres qu'ils contiennent...
Les mots du silence sont des mots que l'on croit terribles, tant qu'ils n'ont pas réussi à naître... de quelque façon que ce soit... Leur gravité se relativise à mesure que s'ouvrent les vannes qui leur permettent de rejoindre le cours tranquille de la vie, et de quitter le bouillonnement terrible qui règne juste avant le passage de l'écluse...

Le silence n'est jamais neutre...
S'il se révèle par l'absence de mots, l'écriture peut lui offrir une autre destinée...
...


Partager cet article

Repost 0

commentaires

REPERES...

  bullet jaune   Sommaire général  

  bullet jaune   Page d'accueil

Liens...