Lundi 15 octobre 2007
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" On se sert des couleurs mais on peint avec le sentiment."
Jean Chardin
A regarder un tableau, on juge les harmonies ou les contrastes des couleurs, les jeux d'assemblage et les esquisses d'imagination, qui font d'un tableau
plus qu'une image peinte.
A écouter un peintre expliquer, détailler ce qu'il a mis dans sa toile, on comprend très bien que les couleurs ne sont qu'un instrument obligé pour
donner au-delà des teintes, une vision très personnelle et très intime des choses.
A lire un texte, composé naturellement de mots écrits, on sait très bien aussi que les mots sont les mêmes pour tous, mais la façon de les agencer, de jouer avec, et de les rythmer ne sort pas du petit Larousse illustré ni même du grand en plein de volumes, mais de l'intérieur de
celui qui les jette là, livrés au ressenti que chacun en éprouvera...
On écrit comme on peint, comme on chante et comme on danse, avec ce que l'on a en soi, et que l'on a envie de partager, avec ceux qui sauront décrypter la part
cuturelle commune et la part personnelle ajoutée. Tout ce qui touche à la représentation artistique des choses est une sorte de don de l'être intérieur que nous possédons tous, et qui
s'expose alors, publiquement, dans la forme qui nous est la plus ressemblante...
Certains diront avec leurs corps ce que d'autres préféreront peindre, d'autres encore l'écriront ou le chanteront, mais tout émerge de la même base, les sentiments
intérieurs, les ressentis et l'imagination qui les ordonne...
On n'écrit pas, on ne danse pas, on ne peint pas pour tenter de porter un art à son paroxysme... Non, on le fait pour soi d'abord, égoïstement,
convaincus que cette trace identifiable par les autres, peut apporter une vision différente, peut éclairer d'une autre façon des lieux communs, peut élargir les cadres que l'on connait, et donner
aussi à d'autres, l'envie de remettre en jeu leurs recettes des vie issues de leurs expériences propres, ou de les conforter dans une reconnaissance de leurs croyances, enfin matérialisées sous une
forme plus ou moins lisible...
Ce ne sont pas les couleurs, ni les mots qui importent, mais ce qui a motivé le choix de ces couleurs ou de ces mots. La palette de couleurs est un monde
illimité, dans lequel on peut à l'infini inventer de nouvelles teintes. L'écriture a de la même façon un goût d'illimité, car pour chaque expression de
sens que l'on veut transmettre, toute une palette de mots s'offre, et choisir celui qui nous convient parmi toutes ces possibilités, identifie déjà le choix de ce
que l'on veut faire passer... et la sensibilité que l'on désire faire atteindre à ceux qui s'y arrêteront...
On se sert des couleurs pour peindre, on se sert des mots pour écrire... Et pour vivre alors ? De quoi se sert-on ? Est-ce qu'on ressent assez les
sentiments qui sont la base des moyens que l'on utilise pour exister ? ... Prenons exemple sur les traductions artistiques, et ressentons alors que ce sont ces sentiments qui nous font agir et
peindre nos toiles de vie... qu'il s 'agisse de sentiments dits "positifs" ou de sentiments dits "négatifs". Savons-nous toujours
qu'ils sont là, et qu'ils codent notre façon d'être jusqu'à brouiller parfois notre livre de vie, et qu'ils instaurent aussi, parfois, des cryptages de lecture à notre
conscience...
Efforçons-nous alors d'étudier l'art de vivre de la même façon qu'on dissèque une toile ou qu'on tente d'expliquer les vers d'un poème, pour enfin en
dégager un sens, qui plus que logique, raisonnable ou raisonné, développe en nous une sensibilité à ouvrir les yeux sur nos vérités et nos mensonges, et favorise l'éveil à une certaine acceptation
de ce que nous sommes, c'est-à-dire, un mélange d'émotions et de raison...
Dans le dictionnaire de la vie, le mot "sentiment" est alphabétiquement placé trop loin... "Devoir","logique", "obligation", "raison"... tellement
d'autres se glissent avant... Heureusement toutefois, que "émotion" a réussi à intégrer le peloton de tête, grâce à lui on réussit tout de même à se ressentir humain, sans avoir à trop tourner de
pages...
Et si on arrachait toutes les pages du dictionnaire qui nous emprisonnent ?... Hein ?...
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